- Les armes à sous-munitions ont tué ou blessé au moins 1 063 personnes dans le monde en 2025. Ce chiffre figure parmi les totaux annuels les plus élevés enregistrés par la Coalition contre les armes à sous-munitions dans son rapport annuel, « Cluster Munition Monitor ».
- Les armes à sous-munitions dispersent généralement de multiples sous-munitions explosives sur une vaste zone. Beaucoup d’entre elles n’explosent pas lors de l’impact initial, constituant ainsi des munitions non explosées qui peuvent, à l’instar des mines terrestres, blesser et tuer sans distinction pendant des années, jusqu’à ce qu’elles soient retrouvées et détruites.
- Les 124 pays membres de la Convention sur les armes à sous-munitions, réunis lors de leur conférence d’examen du 14 au 18 septembre 2026, devraient condamner la production, la vente, le transfert et l’utilisation de ces armes par d’autres pays.
(Washington, le 8 septembre 2026) – L’augmentation du nombre de civils tués et blessés par des armes à sous-munitions devrait inciter les 124 pays signataires de la convention sur ces armes à agir de manière unifiée face à ce problème, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch à l’occasion de la publication du rapport « Cluster Munition Monitor 2026 ». Human Rights Watch est membre fondateur de la Coalition contre les armes à sous-munitions qui publie ce rapport, et a contribué à la rédaction du document.
Ce rapport de 150 pages évalue le respect de la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008 par tous les pays. Les armes à sous-munitions ont tué ou blessé au moins 1 063 personnes dans le monde en 2025. Ce chiffre figure parmi les totaux annuels les plus élevés enregistrés par la Coalition contre les armes à sous-munitions. Le nombre réel est probablement plus élevé, car de nombreuses victimes ne sont pas signalées. De nouvelles victimes ont été recensées dans neuf pays en 2025 : l’Afghanistan, le Cambodge, l’Irak, le Laos, le Liban, le Myanmar, la Russie, la Syrie et l’Ukraine. Les armes à sous-munitions ont continué de toucher de manière disproportionnée les civils, que ce soit par des attaques directes ou par les restes de munitions qu’elles laissent derrière elles. Les civils représentaient 87 % des victimes recensées en 2025, lorsque leur statut civil avait été enregistré.
« Il est d’une importance cruciale que les pays renouvellent leur engagement envers le traité international qui vise à débarrasser le monde du fléau des armes à sous-munitions », a déclaré Verity Coyle, directrice adjointe du programme Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Le moyen le plus clair d’y parvenir est que tous les États parties à cette convention condamnent la poursuite de la production, du stockage et du transfert d’armes à sous-munitions. »
Ces derniers mois, les États-Unis et la Turquie ont révélé leur intention de transférer des armes à sous-munitions à l’Ukraine. La Russie et l’Ukraine ont toutes deux utilisé des armes à sous-munitions pendant la guerre en Ukraine. Le retrait de la Lituanie du traité, premier État membre à le faire, est devenu définitif le mars 2025.
Les délégations nationales réunies lors de la troisième Conférence d’examen quinquennale de la Convention, qui se tiendra à Vientiane, au Laos, du 14 au 18 septembre 2026, devraient condamner la production, le transfert et l’utilisation d’armes à sous-munitions par d’autres pays et réaffirmer leur engagement à œuvrer en faveur d’un soutien universel au traité d’interdiction. Le Laos avait accueilli la première réunion des États parties au traité en 2011.
Aucune utilisation confirmée d’armes à sous-munitions n’a été signalée par un État partie depuis l’adoption de la Convention en mai 2008. Des armes à sous-munitions ont été utilisées par des pays non parties à la Convention – l’Iran, le Myanmar, la Russie, la Thaïlande et l’Ukraine – au cours de la période couverte par le rapport (mi-2025 à mi-2026). L’Iran a utilisé à plusieurs reprises des armes à sous-munitions en Israël en 2026, tandis que la Thaïlande en a utilisé au Cambodge en 2025 dans le cadre de leur conflit frontalier. Des armes à sous-munitions ont aussi été utilisées dans le nord du Mali en mai 2026, mais il n’a pas été possible de confirmer qui avait utilisé ces armes.
Les armes à sous-munitions peuvent être tirées depuis le sol en recourant à l’artillerie, aux roquettes, aux missiles ou aux mortiers, ou larguées par avion. Elles s’ouvrent généralement en plein vol, dispersant plusieurs sous-munitions explosives (mini-bombes), sur une vaste zone. En raison de leur large rayon d’action, ces armes ne permettent pas de faire la distinction entre civils et combattants, en particulier lorsqu’elles sont utilisées dans des zones peuplées. En outre, de nombreuses sous-munitions n’explosent pas lors de l’impact initial ; ces sous-munitions non explosées peuvent donc ensuite blesser ou tuer des personnes de manière indiscriminée pendant des années, tout comme des mines terrestres, jusqu’à ce qu’elles soient détectées et détruites.
La Convention sur les armes à sous-munitions interdit l’utilisation, la production, le transfert et le stockage de ces armes et impose le déminage des restes explosifs. La troisième conférence d’examen abordera la possibilité d’élargir le nombre d’États parties au traité, de combler les déficits de financement des programmes de déminage et d’apporter une aide aux communautés touchées.
Cette Convention compte actuellement 112 États parties et 12 pays signataires. Le dernier pays à y avoir adhéré est le Vanuatu, en septembre 2025. Auparavant, le Soudan du Sud et le Nigeria avaient été les derniers pays à adhérer à la Convention, en 2023.
Au cours de la période couverte par le présent rapport, des éléments ont permis de constater une production d’armes à sous-munitions en Chine, en Inde, en Israël, au Myanmar, en Corée du Nord, en Pologne, en Roumanie, en Russie et en Corée du Sud. Dix-huit pays non parties au traité produisent activement des armes à sous-munitions, conservent la capacité de le faire ou ne se sont pas officiellement engagés à ne jamais en produire.
Environ 116 millions de dollars US de financements internationaux et nationaux ont été alloués en 2025 pour faire face aux conséquences de la contamination par les armes à sous-munitions dans les États parties à la convention. Le gel de l’aide étrangère américaine en février 2025 a perturbé les opérations de déminage des restes d’armes à sous-munitions dans plusieurs régions, notamment en Asie du Sud-Est. Les suppressions de subventions qui ont suivi ont réduit les capacités de déminage en Afghanistan, en Irak et au Soudan du Sud. D’autres donateurs majeurs ont également commencé à réduire leurs dotations et à restreindre leur champ d’action géographique en réponse à l’évolution des priorités politiques.
« Face à l’utilisation persistante des armes à sous-munitions et à l’augmentation du nombre de victimes civiles, les États parties à la Convention devraient envoyer un message clair indiquant qu’ils resteront fermes dans leur engagement à mettre fin à toute utilisation de ces armes indiscriminées », a conclu Verity Coyle.
Le rapport « Cluster Munition Monitor 2026 » est le 17ème rapport annuel publié par la Coalition contre les armes à sous-munitions, coalition mondiale d’ONG cofondée par Human Rights Watch en 2003. Ce rapport sera présenté aux pays participant à la troisième Conférence d’examen de la Convention sur les armes à sous-munitions, qui se tiendra à Vientiane, au Laos, du 14 au 18 septembre.
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