(Washington) – Le gouvernement du Venezuela devrait prendre des mesures urgentes et mener des réformes institutionnelles pour protéger les droits fondamentaux des citoyens, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, à l’issue de sa première visite officielle dans le pays depuis 2008.
Des représentants de Human Rights Watch se sont rendus à Caracas cette semaine et ont rencontré la présidente par intérim Delcy Rodríguez, d’autres responsables gouvernementaux, des organisations de défense des droits humains, des journalistes, des proches de prisonniers politiques, des diplomates étrangers et d’autres personnes. Ils se sont également rendus à Petare, un quartier défavorisé situé à la périphérie de Caracas. Lors de sa précédente visite de Human Rights Watch en 2008, les autorités vénézuéliennes avaient arrêté des membres de l’organisation après la publication d’un rapport critique, et les avaient expulsés du pays.
« La présidente par intérim Delcy Rodríguez a mis un cran d’arrêt aux formes les plus manifestes de répression au Venezuela », a déclaré Federico Borello, directeur exécutif adjoint de Human Rights Watch. « Mais dans ce contexte politique fragile, ces avancées ne seront durables que si elles sont accompagnées de l’adoption d’importantes réformes institutionnelles solides, et la libération de tous les prisonniers politiques. »
Delcy Rodríguez a pris ses fonctions après la capture par les États-Unis de l’ancien président Nicolás Maduro, le 3 janvier 2026. Depuis lors, les autorités vénézuéliennes ont libéré des centaines de prisonniers politiques, adopté une loi d’amnistie, débloqué certains sites web de médias et annoncé des mesures visant à réformer le système judiciaire.
Des défenseurs des droits humains, des dirigeants de l’opposition et des journalistes ont déclaré à Human Rights Watch qu’ils se sentaient beaucoup plus libres d’exercer leur métier. Certains ont indiqué être sortis de la clandestinité après plus d’un an, ou avoir dénoncé pour la première fois l’arrestation arbitraire de leurs proches. Le 18 septembre, les autorités vénézuéliennes ont classé sans suite une affaire pénale contre Carlos Correa, directeur exécutif de l’organisation de défense de la liberté d’expression Espacio Público.
Toutefois, au moins 344 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux, selon Foro Penal, une organisation vénézuélienne de défense des droits humains, et de nombreuses autres personnes sont toujours assignées à résidence ou soumises à d’autres restrictions. Parmi elles figurent des personnes qui ont été arrêtées pour avoir exercé leur liberté d’expression et d’autres qui ont été torturées ou ont subi de graves violations des garanties procédurales. D’autres personnes détenues arbitrairement ont été victimes d’extorsion de la part de magistrats, de procureurs et d’autres acteurs.
Les autorités vénézuéliennes devraient libérer sans délai et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement, a déclaré Human Rights Watch.
Les autorités ont continué, dans un petit nombre de cas, à placer des opposants en détention pour de courtes périodes. Le 18 septembre, les autorités vénézuéliennes ont arrêté Javier Oropeza, un ancien maire de l’opposition qui venait de rentrer au pays. Il a été libéré quelques heures plus tard.
Des proches de prisonniers politiques ont indiqué que certains détenus continuaient de subir des mauvais traitements derrière les barreaux, en particulier à la prison de Rodeo I à Caracas. Human Rights Watch a précédemment documenté des actes de torture et des conditions de détention abjectes à Rodeo I. La fermeture de Rodeo I enverrait un signal fort indiquant que les autorités ont l’intention de rompre avec l’héritage brutal du gouvernement en matière de pratiques de détention abusives.
Les autorités vénézuéliennes devraient garantir des conditions de détention humaines à tous les détenus, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient également permettre à des experts internationaux, tels que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), d’accéder sans entrave à toutes les prisons et aux autres lieux de détention.
Les autorités vénézuéliennes devraient également modifier ou abroger les lois qui ont permis des violations des humains, notamment les lois antiterroriste et « anti-haine », ainsi que les règles restreignant le travail des organisations de défense des droits humains et des médias.
Dans le cadre d’un processus de dialogue avec une partie de l’opposition politique, les autorités vénézuéliennes ont annoncé une réforme du Tribunal suprême de justice, la plus haute juridiction du pays, et du Conseil électoral. L’érosion de l’indépendance judiciaire au Venezuela dans les années 2000 a permis des violations généralisées des droits humains, et la mise en place d’une cour suprême indépendante et impartiale constituerait une première étape cruciale vers une refonte indispensable du système judiciaire, a déclaré Human Rights Watch.
Au cours de la dernière décennie, les autorités vénézuéliennes ont également empêché les candidats de l’opposition de se présenter aux élections. Des pratiques de répression plus générales ont également empêché les Vénézuéliens d’exercer librement leurs droits démocratiques lors des élections passées.
« Les Vénézuéliens méritent de participer à des élections libres et équitables, tenues dans des délais raisonnables », a déclaré Federico Borello. « Pour cela, il est urgent de permettre aux opposants politiques de prendre part au processus politique et de se présenter aux élections. »
Les autorités vénézuéliennes devraient également réformer les forces de sécurité du pays afin de mettre un terme à la persistance des violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch. Ces mesures devraient inclure la mise sous le coup de la justice des responsables de violations graves des droits, la garantie que les services de renseignement ne soient pas chargés d’enquêtes criminelles, le démantèlement des centres de détention clandestins et l’établissement de règles claires concernant le recours à la force.
Le 16 septembre, la Mission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la République bolivarienne du Venezuela (FFM) a publié un rapport avertissant que l’appareil d’État à l’origine de la répression reste solidement en place. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devrait renouveler le mandat de la FFM pour deux ans, a déclaré Human Rights Watch.
La situation humanitaire au Venezuela reste désastreuse, aggravée par les tremblements de terre de juin qui ont fait au moins 6 300 morts. Selon HumVenezuela, un regroupement d’organisations surveillant la crise humanitaire dans le pays, plus de 18 millions de personnes, sur une population de 28,5 millions, étaient déjà dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins fondamentaux avant les séismes. Dans de nombreuses régions du pays, la population subit quotidiennement des coupures d’électricité pouvant durer plusieurs heures et des pénuries d’eau s’étendant sur plusieurs jours, provoquant une impatience croissance.
Human Rights Watch exprime depuis longtemps ses inquiétudes quant au rôle des sanctions économiques américaines dans l’aggravation de la crise humanitaire au Venezuela. Depuis la destitution de Nicolás Maduro, l’engagement des États-Unis s’est principalement concentré sur la poursuite des objectifs économiques de l’administration Trump, au détriment d’une attention soutenue portée aux réformes.
« Les États-Unis devraient user de leur influence pour jouer un rôle de premier plan dans la promotion de changements significatifs en matière de droits humains au Venezuela », a affirmé Federico Borello.
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