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États-Unis : Les expulsions vers Haïti mettent des vies en danger

L’aggravation de la crise et l’insuffisance des structures d’accueil mettent les personnes expulsées en danger

Des Haïtiens expulsés des États-Unis débarquaient d'un vol charter à l'aéroport international de Cap-Haïtien, à Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Human Rights Watch

(Washington) – Depuis la fin du statut de protection temporaire (Temporary Protected Status, TPS) accordé aux citoyens de Haïti et annulé fin juillet 2026, les autorités des États-Unis ont expulsé des centaines d’Haïtiens vers leur pays, où leur vie et leur sécurité sont menacées et où ils ne bénéficient que de peu, voire d’aucun soutien, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le Sénat des États-Unis devrait adopter d’urgence le projet de loi déjà approuvé par la Chambre des représentants, qui rétablirait le TPS pour les Haïtiens.

Selon l’Office National de la Migration d’Haïti, plus de 450 personnes ont été expulsées des États-Unis vers Haïti depuis juillet. Beaucoup vivaient aux États-Unis depuis des années et ont été séparées de membres de leur famille ayant la nationalité américaine, tandis que d’autres ont déclaré avoir des demandes d’asile en cours aux États-Unis. Les autorités haïtiennes ne disposent ni des moyens financiers, ni du personnel, ni des cadres politiques nécessaires pour accueillir et aider en toute sécurité les personnes expulsées, ont déclaré des responsables du gouvernement haïtien à Human Rights Watch.

« Les États-Unis renvoient des personnes, dont certaines ont des demandes d’asile en cours, vers un pays qui n’a pas la capacité de les protéger contre la violence, et encore moins de les aider à trouver de quoi se nourrir et se loger », a déclaré Nathalye Cotrino, chercheuse senior auprès de la division Amériques à Human Rights Watch. « Le gouvernement des États-Unis devrait mettre fin immédiatement à ces expulsions. »

Les vols d’expulsion à destination de Cap-Haïtien, une ville située sur la côte nord d’Haïti dont la population a triplé dans un contexte d’augmentation de la violence criminelle et de l’insuffisance alimentaire à l’échelle nationale, sont passés d’environ un par mois à un par semaine. Cette ville est actuellement le seul point d’entrée viable pour ces vols, car les groupes criminels ont rendu dangereux l’aéroport de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. 

Human Rights Watch s’est rendu à Cap-Haïtien du 24 au 30 août. Les chercheurs ont mené des entretiens avec 44 Haïtiens expulsés qui étaient arrivés à bord des deux premiers vols d’expulsion après la fin du TPS, les 20 et 27 août, ainsi que des responsables du gouvernement haïtien et des représentants internationaux impliqués dans leur accueil. Le 27 août, Human Rights Watch était présent à l’aéroport pour l’arrivée du vol d’expulsion et a documenté le processus d’accueil de première main. Les chercheurs ont également examiné des informations provenant des gouvernements américain et haïtien, des agences des Nations Unies et d’autres sources fiables suivant de près ces expulsions.

Le TPS est un dispositif prévu par la législation américaine que le gouvernement peut invoquer pour empêcher l’expulsion vers des pays où règnent des conditions particulièrement dangereuses, jusqu’à ce que ces conditions s’améliorent. Les États-Unis ont accordé le TPS pour la première fois aux Haïtiens en 2010 à la suite d’un tremblement de terre dévastateur et l’ont prolongé à plusieurs reprises depuis lors, à mesure que la violence, les crises humanitaires et les violations généralisées des droits humains se sont intensifiées. En 2025, l’administration Trump a pris des mesures pour mettre fin au TPS pour les Haïtiens et, après plus d’un an de procédure judiciaire, la Cour suprême des États-Unis a statué, le 25 juin 2026, que cette mesure pouvait être mise en œuvre. Le TPS, qui concernait environ 330 000 Haïtiens, a pris fin le 27 juillet.

La plupart des personnes interrogées ont déclaré avoir fui Haïti en raison des crises sécuritaire et humanitaire qui frappent le pays depuis longtemps et qui n’ont fait que s’aggraver au fil des années. Certains sont partis après le tremblement de terre de 2010, mais la grande majorité a quitté le pays après l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 et face à l’aggravation de la violence et de l’instabilité qui s’en est suivie. Beaucoup ont déclaré avoir vécu aux États-Unis pendant plusieurs années, notamment en Floride, dans l’État de New York, dans l’Indiana, au Massachusetts, en Ohio, dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Les personnes interrogées avaient travaillé dans les secteurs de la construction, de la santé, de l’industrie, de l’hôtellerie, de la logistique, du commerce de détail ou de l’agriculture. Beaucoup avaient fondé des familles mixtes, avec des enfants citoyens américains nés aux États-Unis.

La plupart de ces personnes ont déclaré que le Service de l’immigration et des douanes (US Immigration and Customs Enforcement, ICE) les avait placés en détention avant la fin officielle du TPS sans jamais leur expliquer les motifs de leur détention. La plupart ont indiqué que, tout en bénéficiant de la protection du TPS, ils avaient également déposé des demandes d’asile. Certains ont précisé que leurs demandes étaient encore en cours d’examen au moment de leur expulsion et qu’ils n’avaient pas pu contacter leurs avocats ni comparaître devant un juge de l’immigration avant d’être expulsés. 

« Je ne comprends pas pourquoi », a déclaré un homme de 46 ans qui a été détenu un matin alors qu’il quittait son domicile pour se rendre à son travail à Miami. « Je travaillais, je payais mes impôts, je me rendais à mes rendez-vous auprès des services d’immigration et j’attendais que ma demande d’asile soit examinée. Plus tard, ils m’ont dit que j’avais fait l’objet d’une ordonnance d’expulsion. Je n’avais jamais entendu parler de cette ordonnance auparavant. Je n’ai cessé de demander un avocat, mais personne ne m’a aidé. »

À leur arrivée à Cap-Haïtien, les personnes expulsées ont été accueillies à l’aéroport par une petite équipe de l’Office National de la Migration d’Haïti, qui dirige le processus d’accueil, ainsi que par la police, de la Croix-Rouge haïtienne et du personnel de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les autorités les ont enregistrées dans une structure constituée de plusieurs conteneurs maritimes réaménagés, située à côté de la piste d’atterrissage, pouvant accueillir environ 60 personnes et dotée de 2 toilettes à l’extérieur, mais dépourvue d’eau courante. L’enregistrement consistait à vérifier le nom et les données d’identité de chaque personne à partir de la liste des passagers transmise par les autorités américaines, à noter leur lieu de naissance et d’autres informations personnelles de base, ainsi qu’à leur demander quel était leur statut migratoire aux États-Unis et à consigner les informations qu’ils fournissaient. 

Les autorités ont ensuite distribué un repas simple, une boisson et une aide en espèces d’au moins 10 000 gourdes haïtiennes (environ 77 dollars), ainsi qu’une partie de leurs effets personnels envoyés dans de sacs par les autorités américaines. Le personnel de la Croix-Rouge haïtienne leur offrait la possibilité d’appeler ou d’envoyer un message à leurs proches. Les personnes expulsées ont ensuite été transférées en bus vers le Service Départemental de la Police Judiciaire pour un enregistrement complémentaire.

Au-delà d’une aide limitée dans les cas d’urgence, les autorités haïtiennes et les organisations humanitaires ne fournissent pas de manière durable d’hébergement, de soins de santé, de moyens de transport, de protection ou de soutien à la réintégration. Une fois enregistrés, les personnes expulsées ont été livrés à eux-mêmes, et beaucoup ne savaient pas quoi faire ni où aller ensuite. Certains sont retournés dans leur ville d’origine, mais en raison de la situation sécuritaire, beaucoup ont préféré tenter de rejoindre des proches ou des amis dans d’autres régions du pays, en voyageant le jour même ou en restant à Cap-Haïtien pendant plusieurs jours dans l’attente d’un transfert d’argent leur permettant d’effectuer le voyage.

« Je ne peux pas retourner à La Saline », a déclaré un haïtien expulsé du vol du 27 août, en parlant de son quartier de Port-au-Prince. « Les criminels contrôlent toujours le quartier. Je suis parti parce que j’avais peur qu’ils ne me tuent, et maintenant on m’a renvoyé vers ce même danger. »

En mettant fin au TPS pour les Haïtiens, l’administration Trump a déclaré que les conditions en Haïti s’étaient suffisamment améliorées pour que le pays ne remplisse plus les critères légaux requis pour bénéficier du TPS. Pourtant, la propre évaluation du gouvernement américain souligne la gravité de la situation sécuritaire. Le Département d’État continue de classer Haïti au niveau 4, « Ne pas voyager », son niveau d’alerte le plus élevé, avertissant les citoyens américains qu’il vaut mieux ne pas se rendre dans ce pays en raison de la criminalité, des enlèvements, du terrorisme, de l’insécurité et de l’accès limité aux soins de santé. 

Le 30 août, Tom Homan, le « tsar des frontières » (« border czar ») de la Maison Blanche, a défendu ces expulsions tout en reconnaissant qu’il ne connaissait pas la situation en Haïti. « Je ne connais pas la situation en Haïti. Je ne suis jamais allé en Haïti », a-t-il déclaré à CNN, ajoutant que l’administration « ne faisait qu’appliquer la loi ».

Un homme de 38 ans, qui travaillait auparavant dans un hôtel à Miami et qui a été expulsé le 20 août, a déclaré être resté bloqué à Cap-Haïtien depuis plus d’une semaine, alors qu’il tentait de réunir suffisamment d’argent pour rejoindre des proches à Jacmel, dans le sud du pays. « Pour me rendre à Jacmel, je devrai peut-être devoir traverser des zones contrôlées par des groupes criminels, où les gens sont arrêtés, victimes d’extorsion, enlevés ou tués », a-t-il déclaré. « J’ai fui Haïti pour sauver ma vie. Maintenant, ils m’ont renvoyé ici pour mourir. »

Le droit international des droits humains interdit de renvoyer quiconque vers un pays où sa vie ou son intégrité physique seraient menacées. En août, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a appelé les États-Unis à « garantir une protection internationale lorsqu’il existe des motifs substantiels de croire que le retour en Haïti exposerait les personnes concernées à un risque de violations de leurs droits à la vie ou à l’intégrité personnelle ». La CIDH a souligné que toutes les décisions d’expulsion devaient faire l’objet d’une évaluation individuelle, respecter les garanties d’une procédure régulière et assurer l’accès à un recours effectif. 

« Les personnes expulsées sont renvoyées vers un pays en proie à une violence généralisée et à une grave insécurité alimentaire, puis laissées sans hébergement, sans moyen de transport sûr ni soutien concret », a déclaré Nathalye Cotrino. « Les États-Unis devraient protéger ces personnes, et non aggraver les souffrances qu’elles ont déjà endurées. »

Pour lire des informations plus détaillées, ainsi que des témoignages de victimes et de témoins, veuillez consulter les informations ci-dessous. 

Les personnes haïtiennes expulsées sont renvoyées vers un pays confronté à une aggravation des crises humanitaire et des droits humains. Selon les Nations Unies, entre janvier 2023 et juin 2026, au moins 19 380 personnes ont été tuées dans le cadre de violences impliquant des groupes criminels, des « groupes d’autodéfense » et les forces de sécurité gouvernementales. Le bilan annuel de victimes a augmenté d’environ 24 % entre 2023 et 2025, passant de 4 789 à au moins 5 915. Au moins 3 050 autres personnes ont été tuées au cours des six premiers mois de 2026. 

Malgré le déploiement partiel, en avril, de la Force de répression des gangs (Gang Suppression Force) autorisée par l’ONU pour aider les autorités haïtiennes à lutter contre les groupes criminels et à rétablir la sécurité, la violence n’a pas faibli. Les groupes criminels, qui opéraient autrefois principalement à Port-au-Prince, ont étendu leurs activités aux communautés rurales dans au moins cinq des dix départements d’Haïti. Ils continuent de recourir à la violence sexuelle, y compris aux viols collectifs, pour contrôler le territoire ; terroriser et punir les habitants ; et déplacer de force des communautés. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, selon l’OIM.

Ces violences ont alimenté une crise humanitaire à l’échelle nationale. Plus de la moitié de la population haïtienne a besoin d’une aide humanitaire et est confrontée à insécurité alimentaire aiguë à un niveau de crise ou plus grave.

Un dispositif d’accueil débordé à Cap-Haïtien

Les vols d’expulsion en provenance des États-Unis atterrissent actuellement à Cap-Haïtien, capitale du département du Nord en Haïti et deuxième plus grande ville du pays, qui est devenue un pôle majeur de transport et d’aide humanitaire alors que l’insécurité isole de plus en plus la capitale haïtienne. L’Administration fédérale de l’aviation (Federal Aviation Administration, FAA) interdit aux compagnies aériennes commerciales américaines et aux aéronefs civils immatriculés aux États-Unis de survoler Port-au-Prince à moins de 10 000 pieds d’altitude, en raison du danger que représente le contrôle exercé par les groupes criminels sur les environs de l’aéroport. Début septembre, la FAA a étendu ces restrictions jusqu’au 2 mars 2027.

Ces vols arrivent dans une ville qui peine déjà à accueillir des dizaines de milliers de personnes déplacées par la violence et l’insécurité. L’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique a estimé la population de Cap-Haïtien à 300 000 habitants en juillet 2024, tandis que l’OIM a recensé 50 648 personnes déplacées supplémentaires dans cette ville en mai 2026. 

Le maire de Cap-Haïtien, Michel Saint-Croix a déclaré à Human Rights Watch que la population de cette ville avait plus que triplé en deux ans et dépassait désormais un million d’habitants, en raison de l’arrivée de personnes déplacées à l’intérieur du pays et d’Haïtiens renvoyés de force depuis d’autres pays, principalement les Bahamas et les îles Turques-et-Caïques. Selon lui, cette croissance avait exercé une pression supplémentaire sur des services déjà insuffisants en matière d’électricité, d’eau, de logement, de soins de santé et de autres services municipaux.

Depuis près de dix ans, la ville est confrontée à un approvisionnement électrique peu fiable. Des responsables municipaux ont indiqué que l’électricité fournie par l’État était pratiquement indisponible depuis 2021, obligeant les ménages, les entreprises et les institutions publiques à recourir à des générateurs diesel coûteux ou à des systèmes solaires privés, tandis que l’accès au réseau d’eau courante demeurait extrêmement limité. De mars à juin 2026, De mars à juin 2026, la Classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (Integrated Food Security Phase Classificationa classé Cap-Haïtien comme étant confrontée à une insécurité alimentaire de niveau « crise ». Un responsable du ministère de la Santé Publique et de la Population a déclaré que la ville était confrontée à d’importantes lacunes en matière de soins d’urgence, de maternité et de pédiatrie.

Des vendeurs de rue et des habitants de Cap-Haïtien, en Haïti, en août 2026. © 2026 Human Rights Watch

Des responsables de l’Office National de la Migration d’Haïti ont déclaré que les autorités des États-Unis les avaient informés environ deux jours à l’avance des vols des 20 et 27 août. Dans les deux cas, cependant, les listes de passagers fournies par les États-Unis ne reflétaient pas fidèlement le nombre de personnes arrivées. Le vol du 20 août transportait 161 personnes, soit un nombre nettement supérieur à celui initialement indiqué, tandis que 57 personnes sont arrivées le 27 août.

Human Rights Watch a examiné les listes de passagers des deux vols et a constaté qu’elles mentionnaient le nom, la date de naissance, le genre, la nationalité et le numéro A (que les autorités des États-Unis de l’immigration utilisent pour identifier et suivre le dossier d’immigration d’une personne) de chaque personne expulsée. Ces listes ne contenaient toutefois aucune indication sur les motifs de l’expulsion ni aucune information concernant le statut d’immigration des personnes expulsées, leurs besoins, leurs contacts familiaux ou leurs effets personnels.

« Nous n’avons aucun moyen de savoir à l’avance si une personne arrivera avec un problème médical urgent, un handicap, un besoin de protection ou une autre vulnérabilité », a déclaré un responsable haïtien des services d’immigration. « Sans ces informations, il nous est encore plus difficile de nous préparer l’accueil des personnes expulsées et de nous coordonner avec d’autres institutions afin de leur fournir ne serait-ce qu’une assistance minimale. »

Les responsables de l’immigration ont indiqué que les autorités des États-Unis leur avaient fait part de leur intention d’envoyer jusqu’à deux vols d’expulsion par semaine, transportant chacun environ 200 personnes. Selon eux, le gouvernement haïtien ne disposait ni du personnel, ni des infrastructures, ni des ressources nécessaires pour accueillir les personnes expulsées en toute sécurité à un tel rythme.

Human Rights Watch a observé l’accueil du vol du 27 août. L’Office National de la Migration d’Haïti a dirigé le processus avec le soutien de l’OIM, en informant les autres institutions partenaires par téléphone ou via WhatsApp.

Les autorités ont enregistré les personnes expulsées dans un conteneur maritime réaménagé disposant d’environ 60 places assises et 2 toilettes, dont une seule fonctionnait et dont aucune n’avait d’eau courante. Peu avant l’arrivée du vol en provenance des États-Unis, un autre vol a amené 105 Haïtiens expulsés des Bahamas, dépassant ainsi la capacité du conteneur. Les autorités s ont installé une tente offrant environ 30 places assises supplémentaires dans la cour poussiéreuse adjacente, mais aucun de ces deux espaces ne permettait de mener en toute confidentialité une évaluation individuelle des problèmes de santé, des risques en matière de protection ou d’autres vulnérabilités.

Des Haïtiens expulsés des États-Unis attendaient d’être enregistrés après leur arrivée à l’aéroport international de Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Nathalye Cotrino/Human Rights Watch

Plusieurs personnes expulsées ont déclaré que, pendant leur détention dans des centres de détention de l’immigration aux États-Unis, elles étaient parfois restées des heures sans nourriture ni eau et plusieurs jours sans pouvoir se laver ni changer de vêtements. Beaucoup sont arrivées vêtues du même pantalon de survêtement gris clair, t-shirt et chaussures bleues que les autorités des États-Unis leur avaient fournis lors de leur placement en détention, avec peu ou pas d’effets personnels.

La plupart ont déclaré que les effets personnels qu’ils avaient sur eux au moment de leur détention, notamment des vêtements, des bijoux, de l’argent liquide, des documents d’identité et des passeports haïtiens, des téléphones portables et des cartes de crédit, ne leur avaient pas été restitués à leur arrivée. Les autorités haïtiennes chargées de l’accueil des personnes expulsées ont indiqué que les effets personnels de ces dernières n’arrivaient pas toujours en même temps qu’elles. Human Rights Watch a également observé qu’à la suite du vol du 27 août, les quelques sacs contenant les effets personnels déchargés de l’avion avaient été acheminés directement du tarmac vers la zone d’accueil des personnes expulsées.

Un soignant de 31 ans s’occupant de personnes âgées en Floride a déclaré qu’il bénéficiait du statut TPS et avait une demande d’asile en cours d’examen lorsque l’ICE l’avait détenu alors qu’il quittait son domicile début août. Les autorités l’ont d’abord conduit au Krome North Service Processing Center, un centre de détention de l’ICE, puis l’ont transféré le 18 août au Broward Transitional Center, mais les effets personnels qui lui avaient été retirés lors de son interpellation ne l’ont pas accompagné. Au centre de Broward, il a demandé à remplir un formulaire pour signaler les biens manquants. « J’avais un sac à dos noir contenant mon passeport, ma carte de sécurité sociale, mon permis de conduire et ma carte bancaire, ainsi qu’une veste, un imperméable, mon téléphone et des chargeurs », a-t-il expliqué. « Rien de tout cela n’est arrivé avec moi. J’ai donc demandé que ce soit consigné par écrit et j’ai gardé le formulaire. »

« Un agent de l’ICE m’a dit qu’ils allaient m’expulser vers Haïti et que mes effets personnels m’y seraient restitués là-bas », a ajouté cet homme. « Mais, comme vous pouvez le constater, rien n’est arrivé. »

Un formulaire de déclaration d’effets personnels rempli au Broward Transitional Center en Floride, et photographié à Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Human Rights Watch

Les agents des services d’immigration ont remis à chaque personne expulsée un repas chaud, une boisson et 10 000 gourdes (environ 77 dollars) avant que le Service Départemental de la Police Judiciaire ne les transporte, à bord d’un bus affrété par des particuliers, jusqu’au commissariat central pour un enregistrement complémentaire.

Des Haïtiens expulsés par les États-Unis recevaient des repas à l’extérieur d’un conteneur faisant partie de la structure d’accueil mise en place à l’aéroport international de Cap-Haïtien, à Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Human Rights Watch
Un Haïtien expulsé montait dans un bus sous escorte policière après son arrivée à l’aéroport international de Cap-Haïtien, à Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Human Rights Watch

Le directeur du Service Départemental de la Police Judiciaire a déclaré que les autorités des États-Unis ne fournissaient que des informations biographiques de base sur les personnes expulsées, sans copies de casier judiciaire, le cas échéant, sans pièces justificatives et sans mécanisme permettant de vérifier les informations concernant les personnes expulsées. La police pouvait retenir les personnes expulsées pour des vérifications complémentaires, mais le faisait rarement, faute d’informations et de ressources lui permettant de vérifier leurs antécédents judiciaires en Haïti ou à l’étranger. 

À partir de ce moment-là, les personnes expulsées étaient livrées à elles-mêmes pour trouver un hébergement et tenter d’organiser leur retour dans leurs communautés. Elles ont indiqué dépendre des proches ou de transferts d’argent pour se loger et poursuivre leur voyage. Certaines, en particulier celles originaires des départements de l’Ouest et de l’Artibonite, sont restées bloquées pendant quelques jours, soit parce qu’elles ne pouvaient pas rentrer chez elles en toute sécurité ou n’avaient pas les moyens de payer le transport, ou craignaient de traverser des zones contrôlées par des groupes criminels.

Human Rights Watch a interrogé des responsables de neuf institutions gouvernementales haïtiennes dont les attributions concernent les personnes expulsées, notamment des institutions chargées de l’immigration, de la santé, de la protection de l’enfance, de l’éducation, du travail, de l’identification, de la justice et de l’administration locale. Tous ont déclaré que les autorités haïtiennes n’avaient pas la capacité de fournir un hébergement, une aide alimentaire continue, un transport en toute sécurité vers leur destination finale, une prise en charge médicale ou psychosocial durable, ni de disposer d’un canal de communication établi avec les autorités des États-Unis pour aider les personnes expulsées à récupérer leurs effets personnels manquants. Ils ont également décrit d’autres lacunes dans les services disponibles. 

Des responsables de l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches ont indiqué que, lorsque des enfants sont expulsés, ils vérifient si ceux-ci arrivent accompagnés d’un parent ou d’un tuteur et s’efforcent de réunir les enfants non accompagnés avec des membres de leur famille, en organisant si nécessaire un hébergement temporaire dans de centres d’accueil gérés par des partenaires privés. Toutefois, ils ont indiqué que l’institution ne disposait d’aucun espace permettant de s’entretenir avec les enfants en toute confidentialité, d’aucun centre d’accueil propre, ni d’aucun mécanisme permettant d’assurer le suivi des enfants après leur réunification familial. 

Des responsables du ministère des Affaires Sociales et du Travail ont déclaré ne disposer d’aucun budget, ni de nourriture, ni de vêtements, ni d’hébergement destinés aux personnes expulsées. Des responsables de l’Office National d’Identification ont indiqué qu’il n’existait aucune procédure accélérée pour les personnes expulsées sans documents d’identité, ce qui obligeait certaines d’entre elles à attendre entre un et trois mois pour obtenir un acte de naissance et une carte d’identification nationale. Les responsables du ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle ont déclaré ne disposer d’aucun plan pour l’intégration des enfants expulsés, notamment ceux qui avaient auparavant suivi un enseignement en anglais ou en portugais.

Les responsables des institutions haïtiennes ont déclaré de manière concordante que le gouvernement haïtien disposait d’aucun plan pour soutenir la réintégration à long terme des personnes expulsées. 

Expulsions menées par les États-Unis après la fin du TPS

Après avoir mis fin au TPS pour les Haïtiens, les autorités des États-Unis ont considérablement augmenté le nombre de vols d’expulsion vers Haïti. Entre le 20 août et le 17 septembre, l’ICE a organisé cinq vols hebdomadaires consécutifs à destination de Cap-Haïtien, transportant au total 474 personnes, selon les autorités haïtiennes. Avant la fin du TPS, les États-Unis organisaient généralement environ un vol d’expulsion vers Haïti par mois.

De nombreuses personnes expulsées interrogées étaient visiblement en détresse, et la plupart ont demandé à ne pas être identifiées, invoquant la peur, la honte ou la méfiance suite au traitement qu’ils avaient subi de la part des autorités des États-Unis. Human Rights Watch a utilisé des pseudonymes pour protéger leur identité. 

La plupart des personnes interrogées ont déclaré être originaires du département de l’Ouest, notamment de Port-au-Prince, Carrefour, Delmas et Léogâne. D’autres provenaient des départements de l’Artibonite, du Sud, du Sud-Est et du Nord-Ouest. Les personnes interrogées ont indiqué être arrivées aux États-Unis entre 2012 et 2024 et y avoir vécu entre 2 et 14 ans avant d’être expulsées. Beaucoup avaient fondé des familles composées de personnes de nationalités ou de statuts d’immigration différents, et ont laissé derrière eux des conjoints, des proches et des enfants nés aux États-Unis, au Brésil ou au Mexique, où certains avaient vécu auparavant. Leurs expulsions ont souvent séparé leurs familles et, dans certains cas, ont laissé des conjoints aux États-Unis, seuls responsables de l’éducation de leurs enfants et du paiement du loyer et des autres dépenses du foyer.

Pierre R., 38 ans, expulsé le 20 août, a déclaré qu’il vivait en Floride depuis décembre 2019 et qu’il travaillait dans le même hôtel depuis près de sept ans. Il a commencé par faire le ménage et transporter des fournitures, puis s’est vu confier la formation des nouveaux employés. « On me connaissaient là-bas », a-t-il déclaré. « Mes collègues connaissaient ma femme et mon fils, mes voisins nous connaissaient et nous soutenaient, et nous allions à l’église le dimanche. »

Son épouse et leur fils de 5 ans, citoyen américain qui venait de commencer à l’école, sont restés en Floride. « Je travaillais pour qu’il puisse grandir sans connaître la peur, la violence et l’incertitude que j’avais connues en Haïti », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas pu serrer mon fils dans mes bras. Ma femme doit maintenant assumer seule le loyer, les factures et la responsabilité de notre enfant. Elle me dit qu’il m’attend toujours et demande si je serai là quand il rentrera de l’école. »

Toutes les personnes interrogées ont déclaré avoir bénéficié du TPS—Human Rights Watch a spécifiquement recherché ces personnes—et toutes ont indiqué avoir également demandé l’asile, le statut de résident permanent légal ou un autre type de statut d’immigration. Beaucoup ont précisé que leurs demandes étaient encore en cours d’examen lorsque les autorités américaines les ont placées en détention puis expulsées. 

Human Rights Watch a vérifié les informations disponibles concernant les procédures d’immigration des personnes interrogées auprès du Bureau exécutif chargé de l’examen des demandes d’immigration (Executive Office for Immigration Review) et a constaté que certains avaient fait l’objet d’une ordonnance d’expulsion avant d’être renvoyées. Interrogés à ce sujet, ils ont déclaré que l’ICE ne leur avait pas montré leurs ordonnances et qu’ils pensaient que leurs procédures migratoires étaient toujours en cours. Comme aucune d’entre elles n’avait accès à son dossier migratoire, Human Rights Watch n’a pas pu vérifier de manière indépendante l’état complet et l’historique de leur dossier, ni les informations qu’ils ont fournies concernant leur statut d’immigrant et les procédures auxquelles ils ont été soumis aux États-Unis.

Les personnes interrogées ont déclaré que l’ICE ou d’autres autorités chargées de l’application de la loi les avaient placées en détention alors qu’elles quittaient leur domicile pour se rendre au travail, pendant leur pause déjeuner, à la suite de contrôles routiers, ou lorsqu’elles se présentaient pour des contrôles d’immigration programmés. La plupart ont été placés en détention avant la fin du TPS, le 27 juillet. La plupart ont déclaré que les agents de l’ICE ne leur avaient fourni aucune explication claire à ce moment-là, bien que certains aient appris par la suite qu’ils faisaient l’objet d’ordonnances d’éloignement dont ils n’avaient pas connaissance auparavant, tandis que d’autres ont indiqué que l’ICE avait évoqué la fin imminente du TPS alors même que celle-ci n’était pas encore effective.

« Ils ne se souciaient pas du fait que j’étais légalement mariée, que mon mari était citoyen américain, que ma demande [de résidence permanente] était en cours, ni même que je m’occupais de lui », a déclaré Lucie D., 47 ans, qui vivait à Miami depuis 10 ans.

Lucie a expliqué qu’elle bénéficiait du TPS depuis plusieurs années et qu’elle était mariée depuis six ans à un citoyen américain, dont elle était la principale aidante car il était gravement malade. Après l’annonce par le gouvernement des États-Unis de la fin du TPS pour les Haïtiens, elle a déposé une demande de résidence permanente sur la base de son mariage avec un citoyen américain. L’ICE l’a placée en détention le 18 août, alors qu’elle se rendait à un entretien prévu dans le cadre de cette procédure.

« Ils ne m’ont pas laissé le temps d’appeler mon avocat », a-t-elle déclaré. « Ils m’ont seulement dit qu’une ordonnance d’expulsion avait été rendue à mon encontre il y a des années et qu’ils me plaçaient en détention pour m’expulser vers Haïti. »

Une fois placées en détention, la plupart des personnes interrogées ont déclaré que les autorités ne leur avaient pas permis de contacter leurs avocats ni de comparaître devant un juge de l’immigration, tandis que beaucoup n’avaient reçu que peu ou pas d’informations concernant leurs demandes d’asile en cours, les motifs de leur détention ou la manière dont elles pouvaient contester leur expulsion.

Claire J., 24 ans, qui travaillait comme aide-soignante et suivait une formation pour devenir aide-soignante diplômée en Floride, a déclaré que l’ICE l’avait placée en détention début juillet alors qu’elle se présentait pour un contrôle de routine. « J’ai fui Haïti en août 2023, lorsque des groupes criminels ont attaqué mon quartier », a-t-elle expliqué. « La violence m’a obligée à abandonner mes études et tout ce pour quoi j’avais travaillé. Je suis arrivée en Floride plus tard dans l’année, j’ai demandé l’asile et j’ai obtenu le TPS. À Miami, j’ai trouvé un emploi d’aide-soignante auprès d’un homme de 86 ans, à son domicile, à Coral Gables. »

« L’ICE ne m’a pas expliqué pourquoi ils me plaçaient en détention », a-t-elle déclaré. « Je leur ai dit que ma demande d’asile était toujours en cours et que j’étudiais. Cela leur était égal. Ils ne m’ont même pas laissé appeler un avocat. »

Les personnes interrogées ont déclaré avoir passé entre environ un et six mois en détention par les services d’immigration des États-Unis, étant parfois transférées entre plusieurs centres de détention. Elles ont indiqué avoir été détenues principalement au Krome North Service Processing Center à Miami et au Broward Transitional Center à Pompano Beach, ainsi que dans d’autres centres de détention situés dans l’Ohio, l’État de New York, dans le Massachusetts et en Pennsylvanie.

Dans l’ensemble de ces établissements, les personnes interrogées ont décrit des conditions de détention abusives, notamment une grave surpopulation, une alimentation insuffisante, un manque d’hygiène, le refus de soins de santé adéquats, des difficultés à obtenir des médicaments ou à contacter leurs proches, ainsi que des mauvais traitements verbaux et psychologiques. Leurs témoignages concordent avec les abus précédemment documentés dans certains de ces mêmes établissements. En juillet 2025, Human Rights Watch a documenté la surpopulation, des preuves de soins de santé insuffisants, des traitements dégradants et des détentions prolongées à Krome, à Broward et au centre de détention fédéral de Miami.

« Il y avait tellement de monde dans les cellules qu’il n’y avait pas assez de place pour que tout le monde puisse s’allonger », a déclaré Jean F., 46 ans, un ouvrier d’une usine de transformation de volaille expulsé le 27 août. « Nous devions nous allonger à tour de rôle. » Il a indiqué que l’ICE l’avait détenu à Krome pendant trois mois. « La nourriture était insuffisante et de très mauvaise qualité, parfois pas assez cuite, et même l’odeur pouvait être répugnante », a-t-il ajouté. « Les gens tombaient malades à cause de la nourriture, mais il était difficile d’obtenir des médicaments ou même de voir un médecin. »

Plusieurs personnes interrogées ont déclaré que, épuisées par les conditions de détention, soumises à la pression des agents de l’ICE et ne voyant aucune alternative viable, elles avaient signé des documents acceptant ou reconnaissant leur transfert vers Haïti. Deux autres ont déclaré avoir accepté d’être renvoyées au Mexique, où elles avaient précédemment vécu et détenaient un titre de séjour légal, mais les autorités américaines les ont envoyées en Haïti à la place. Une seule d’entre elles a réussi à conserver un document confirmant cela.

Un avis du Département américain de la Sécurité intérieure (US Department of Homeland Security) indiquant qu’une des personnes haïtiennes interrogées par Human Rights Watch à Cap-Haïtien serait renvoyée au Mexique. Photo prise à Cap-Haïtien, en Haïti, le 27 août 2026. © 2026 Human Rights Watch

Parmi les personnes expulsées le 27 août figuraient un couple haïtien et leurs deux fils, âgés de 5 et 3 ans ; le plus jeune était citoyen américain. « Ma femme, notre fils aîné et moi-même bénéficions du TPS et avions également demande l’asile », a déclaré Marc D., le père âgé de 45 ans. « Nous attendions une audience prévue pour 2029. Lorsque le TPS a pris fin, nous avons eu peur que l’ICE nous place en détention ; nous sommes donc allés au Canada pour demander l’asile. Trois jours plus tard, les autorités canadiennes nous ont renvoyés aux États-Unis et nous ont remis à l’ICE. » 

L’ICE a placé la famille en détention dans l’État de New York, séparé Marc de sa compagne et de ses enfants, et ne lui a pas permis de contacter un avocat, a-t-il déclaré. « Quand j’ai dit à un agent que mon plus jeune fils était citoyen américain, il m’a répondu : “Votre fils peut rester, mais l’État en prendra la garde, et vous le perdrez.” »

Les personnes interrogées ont déclaré n’avoir fait l’objet d’aucune condamnation pénale aux États-Unis. Dans une publication diffusée le 24 août sur X, le Département américain de la Sécurité intérieure (US Department of Homeland Security) a indiqué que 15 des 161 Haïtiens expulsés lors du vol du 20 août avaient fait l’objet de condamnations pénales. Aucune des personnes interrogées ne figurait sur cette liste. 

Recommandations

Au gouvernement des États-Unis :

  • Mettre immédiatement fin à toutes les expulsions vers Haïti, conformément au principe de non-refoulement, tant que les conditions générales rendent les retours dangereux pour tous.
  • Ne placer les personnes en détention pour des motifs liés à l’immigration lorsque cela est nécessaire et proportionné, et pour la durée la plus courte possible afin d’atteindre un objectif légitime. Recourir, dans la mesure du possible, à des alternatives à la détention moins intrusives. Veiller à ce que les personnes placées en centre de détention puissent consulter un avocat, notamment en mettant à leur disposition des espaces de rencontre privés, un accès suffisant au téléphone et des informations en temps utile sur leurs droits juridiques et procéduraux pendant la procédure d’éloignement.
  • Garantir aux Haïtiens le droit à une procédure régulière dans le cadre des procédures d’immigration, notamment une notification en temps utile et la possibilité de contester leur éventuelle expulsion, avec une audience devant un juge de l’immigration lorsque cela est approprié.
  • Si les expulsions se poursuivent, veiller à ce que les téléphones, l’argent liquide, les documents et les effets personnels des personnes expulsées leur soient intégralement restitués, et fournir aux autorités haïtiennes, bien avant chaque vol, des informations sur les personnes expulsées, strictement avec leur consentement libre et éclairé, y compris leurs besoins médicaux et, dans la mesure où cela est compatible avec la confidentialité et la protection de leurs données, d’autres vulnérabilités que les personnes expulsées choisissent de divulguer aux autorités d’accueil.

Au Congrès des États-Unis :

  • Le Sénat devrait adopter d’urgence le projet de loi approuvé par la Chambre des représentants qui prolongerait le TPS pour les Haïtiens jusqu’en 2029.
  • Organiser des audiences publiques de contrôle sur la détention et l’expulsion des Haïtiens et exiger du Département de la sécurité intérieure (US Department of Homeland Security) et du Service de l’immigration et des douanes (US Immigration and Customs Enforcement, ICE) qu’ils divulguent les politiques, dossiers et données pertinents, notamment concernant l’accès à un avocat et aux juges de l’immigration, le traitement des demandes de protection en cours, les séparations familiales et les procédures de sauvegarde et de restitution des biens des personnes expulsées. 

Au gouvernement haïtien :

  • Élaborer, avec le soutien des bailleurs de fonds et des Nations Unies, un plan national coordonné d’accueil et de réintégration comprenant des évaluations individualisées des risques, un hébergement temporaire, un transport en toute sécurité vers la destination finale, ainsi qu’une aide alimentaire et une assistance durable.
  • Mettre en place une procédure accélérée pour la délivrance de documents d’identité aux personnes expulsées et renforcer les capacités du gouvernement en matière de protection de l’enfance dès le point d’accueil.
  • Demander officiellement et publiquement aux États-Unis de limiter la fréquence et le volume des vols, au moins jusqu’à ce que des infrastructures d’accueil adéquates soient mises en place.

Au Canada, à l’Union européenne et à ses États membres, ainsi qu’aux gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes : 

  • Fournir à l’OIM et aux autres acteurs humanitaires en Haïti un financement prévisible et spécifiquement affecté afin d’aider les autorités haïtiennes à renforcer les services d’accueil à Cap-Haïtien, notamment en mettant à disposition du personnel formé, des évaluations individualisées des besoins, des hébergements d’urgence, des orientations vers des services médicaux et psychosociaux, un transport en toute sécurité vers leur destination finale, une prise en charge des dossiers et une aide à la réintégration à plus long terme.
  • Soutenir les autorités haïtiennes dans l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan national coordonné d’accueil et de réintégration. 
  • Contribuez au plan de réponse humanitaire pour Haïti coordonné par les Nations Unies.
  • S’abstenir de renvoyer des Haïtiens en Haïti ou vers des pays, y compris les États-Unis, susceptibles de les renvoyer ensuite en Haïti. Le Canada devrait également s’abstenir de renvoyer des demandeurs d’asile haïtiens vers les États-Unis en vertu de l’Accord sur les pays tiers sûrs (Safe Third Country Agreement) et veiller à ce qu’ils aient accès à une procédure d’asile complète et équitable au Canada.

Aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU :

  • Veiller à ce que tout renouvellement de l’autorisation de la Force de répression des gangs (Gang Suppression Force) prévoie le personnel et les ressources nécessaires pour aider les autorités haïtiennes à protéger la population et à lutter contre la violence criminelle, tout en maintenant des garanties solides en matière de droits humains, un contrôle indépendant, des rapports transparents et des mécanismes efficaces pour garantir l’obligation de rendre des comptes.

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